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Xenogears : la philosophie squaresoftienne (DOSSIER)

Développé par Squaresoft pour la Playstation, 1998.

« I am Grahf the Seeker of Power….Doth thou desire the power?

My fist is the divine breath! Blossom, o fallen seed, and draw upon thy hidden powers!!

Grant unto thee the power of the glorious ‘Mother of Destruction’! »

INTRODUCTION

J-RPG de la grande époque PS1, Xenogears est un mythe, une légende vivante gravée dans le temps et l’espace pour notre bien à nous, joueurs chanceux de pouvoir goûter aux merveilles que le cerveau humain peut créer lorsqu’il se creuse un peu la tête.

Fini le côté médiéval / Heroic fantasy plan-plan, place à l’espace, au futur, à la philosophie façon Friedrich Nietzsche, au successeur ou fils caché d’un trop court « Evangelion » resté dans les mémoires. Bien plus qu’un jeu pour certains, c’est une véritable révélation d’un genre bien connu, un hymne au RPG qui amène à la réflexion, et sur lequel il vous faudra passer du temps pour en saisir les subtilités.


→ Un chef d’œuvre, tout simplement.

 

Du grec ancien ξένος, xénos (qui signifie « étranger » ou « hôte »), et « Gear » pour « Machine, Robot, équipement », Xenogears, à la manière d’Evangelion, proposera au joueur un vision intéressante d’un lien fort entre Hommes et Machines, une âme qui les lient, une pensée qui les rapprochent. Le jeu vous transportera dans un univers mêlant SF, religion, classicisme, réflexion sur le corps et l’âme humaine, et critique d’une société patriarcale où l’Homme défie son destin et les desseins de puissances supérieures prêtes à tout pour assouvir l’univers sous leur joug.

Vous devrez avant tout comprendre que Xenogears est un peu le langage soutenu des RPG, le jeu qui se démarque des autres si l’on en comprend l’intérêt, au même titre qu’un Chrono Cross et d’une petite poignée d’autres titres.

Car si les joueurs aiment tant les jeux de rôle à la japonaise, c’est essentiellement pour deux aspects : le scénario, ce que raconte le jeu, et le système de combat, ce qui fera geeker sur des stats. Voilà la formule chimique d’un bon titre.

Xenogears se concentre sur la partie scénario, en proposant quelque chose d’inouï et jamais vu, un tour de force du genre qui le propulse pour de nombreux joueurs au rang de « number one ever ».

Plus qu’un jeu, une véritable anthologie du J-RPG.

Qu’en est-il réellement du jeu, le message passe-t-il bien ?

→ Je suis ici pour vous passer en revue cette œuvre vidéo-ludique dans un dossier complet.

 

Nous aborderons pour vous les origines d’un jeu qui n’était pas destiné à devenir ce qu’il fut au final, ses références philosophiques, psychologiques, religieuses et cosmiques, et nous dissèquerons au mieux le jeu pour vous offrir une vision poussée d’un titre mythique, adulé par certains joueurs, oublié par d’autres, trop souvent boudé par la masse.

À vous les studios !

ORIGINES, TRAME / SCENARIO

 

Le scénario du jeu :

Amour, religion, amitié, trahison, loyauté, psychanalyse…
Faites une grande salade avec ces éléments et vous avez Xenogears : probablement le J-RPG ayant le scénario le plus fouillé, torturé et recherché de tous les temps.


L’intrigue est sans cesse relancée par les différents protagonistes vous accompagnant, et vous devrez réellement vous attarder sur les dialogues et la trame scénaristique pour en capter les subtilités, qui sollicitent une réflexion permanente de la part du joueur…

Il est très compliqué de raconter simplement l’histoire de Xenogears sans spoiler ni dévoiler des choses importantes. Je vais donc tenter de vous raconter les 20 premières minutes, sachant que cela n’engage en rien le reste de votre aventure…

« I am Alpha and Omega. The beginning and the end. The First and the last. »


Par cette petite citation biblique de Saint Jean (Apocalypse, chapitre 22 verset 13), vous découvrez une cinématique d’intro mettant en scène un vaisseau spatial en difficulté, qui va se crasher sur une planète suite à un piratage du système. Il n’y aura vraisemblablement qu’un seul survivant.

Nous sommes alors en l’an 4767.

Plus de 5000 ans plus tard, une guerre oppose depuis des siècles Aveh et Kislev, les deux camps politico-militaires opposés sur la planète. Depuis quelques temps, certains ont découvert en fouillant d’anciennes mines de grands robots géants et puissants, avec lesquels ils pensent prendre le dessus sur l’autre camp.


L’histoire met en scène un homme, Fei Fong Wong, un artiste peintre vivant paisiblement dans le village de Lahan non loin de la frontière. Ce dernier est amnésique depuis près de 3 ans, date à laquelle il s’est retrouvé dans ce village qu’il a fini par adopter, acceptant son sort.

Tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’une nuit, en plein mariage, un robot provenant d’un convoi ne tombe du ciel, suivi d’un escadron d’autres robots qui commencent à anéantir le village en se battant les uns contre les autres.


Fei voyant son univers en pleine destruction et n’aimant pas la violence décide de monter dans le robot tombé sans pilote et d’affronter les autres afin qu’il n’y ait pas plus de dégâts. Instinctivement, il semble savoir se servir de la machine. Malheureusement, son intervention apportera la destruction du village, un dysfonctionnement de son « gear » (comprendre « robot géant » ou « Mecha ») en étant apparemment responsable.

Chassé du village et de la région par les survivants, maudit par les siens, il s’en va, ayant peur de lui et de refaire du mal aux autres en restant présent. Il sera rapidement rejoint par son ami Citan Uzuki, médecin, grand scientifique et inventeur de génie du village de Lahan.
Leur quête va les mener dans bien des endroits différents, ils rencontreront des gens sympathiques, des rebelles, des traitres, et se retrouveront au beau milieu d’un conflit politico-militaire mêlant psychologie, mythologie, religion, biologie et sciences occultes.

LES PERSONNAGES DU JEU

 

Fei Fong Wong : c’est le héros de l’histoire. Amnésique depuis 3 ans, il se retrouve à Lahan, petit village situé près de la frontière entre Aveh et Kislev. Artiste peintre, sa vie va rapidement se retrouver chamboulée par une attaque de Gear dans le village, qu’il tentera de repousser. Fuyant sa vie, perdu dans les méandres d’un passé qui lui est inconnu, il sera épaulé de Citan, son ami, et rapidement, d’autres protagonistes qui viendront l’aider à clarifier certains points. Il s’alliera au pirate Bartolomew Fatima pour entrer officieusement dans une guerre qui n’est pas la sienne pour tenter d’aider ses compagnons et retrouver ses souvenirs.

Elhaym Van Houten (Elly) : la belle rousse de notre histoire est un soldat de Solaris, un être soit-disant supérieur, qui va se crasher sur Lahan où elle rencontrera Fei. À jamais sa rencontre changera sa vie. Fei fait en effet partie de ce que les habitants de Solaris appellent les LAMB : les gens habitant « au sol », et malgré cela, elle passera de son côté. Étrangement, vous vous rendrez rapidement compte que son portrait ne vous est pas du tout inconnu dans l’histoire, et que la ressemblance avec certains ancêtres est frappante. Un personnage très intéressant, tant niveau histoire que psychologique. Elle se rapproche un peu d’Asuka dans Evangelion, mais avec plus d’amour et de mystères autour de son personnage.

Citan Uzuki : l’énigmatique docteur, scientifique et inventeur de Lahan va suivre Fei pour l’aider, semble-t-il, à retrouver la mémoire. Il est un atout majeur dans votre équipe, puissant au sol comme en Gear, il vous suivra partout coûte que coûte. Grand érudit, ses connaissances paraissent parfois sans limite. En sait-il plus qu'il n'y parait ?

Bartolomew Fatima (Bart) : Pirate du désert, chef d’une bande d’écumeurs des sables, c’est une forte tête qui semble ne pas du tout être étranger à la dynastie des Fatima dont il serait le prince héritier. Il est le commandant du vaisseau « Yggdrasil », et rencontrera également rapidement Fei au cours de l’aventure. Il manie le fouet et se ballade tout le temps avec son ami Sigurd (le tueur de dragon, mythologie nordique – Siegfried).

Billy-Lee Black, Emeralda, Maria Balthasar, Ricardo Banderas sont également des personnages clés de votre éventail de personnages jouables. Je vous laisse le soin de les découvrir.

Grahf : « The seeker of power » – celui qui cherche le pouvoir -, Ramsus et Miang sont des ennemis et personnages récurrents que vous rencontrerez, avec un certain Id qui de prime abord ressemble à la vision d’un Broly roux. Parler de ces personnages risquerait de vous spoiler grandement le scénario, je passe donc dessus.

Les prémices d'un jeu jugé trop ambitieux :

Squaresoft enchaine les titres complètement dingues dans les années 90, et revient proposer ici un jeu incroyable. Tetsuya Takahashi, réalisateur du titre, n’en est pas à son coup d’essai. Il a tellement participé à des bons jeux à gros succès qu’il n’est plus à présenter : FF4-5-6, Chrono Trigger, Secret of Mana, FF10, Xenogears etc.

Mais Xenogears n’a pas eu la destinée qui lui était initialement prévue, comme si le scénario s’était littéralement immiscé dans la vie réelle du studio. « Damned… I had a dream… »

Son origine est en réalité liée corps-et-âme si l’on peut ainsi dire à Final Fantasy VII. En effet, baptisé alors Project Noah, le scénario, la DA et l’ambiance de Xenogears devaient l’être pour le nouveau Final Fantasy ! Mais il en fut autrement, la production trouvant au final le concept et le tout bien trop sombre et compliqué pour être un FF. Les deux jeux ont donc été développés séparément, avec la plus grosse part du budget allouée bien sûr, pour le nouveau FF.

 

Ce qui en découlera d’un côté un jeu qui sort plus tôt (FF), et de l’autre, un autre qui sort l’année suivante, avec une fin accélérée mode « Evangelion ». Tetsuya Takahashi réussira finalement à débloquer un budget pour son projet jugé « annexe ». Ahem….

Dans Final Fantasy VII d’ailleurs, un petit clin d’œil est apporté à Xenogears (qui fut donc le vrai début du projet), et quelques similitudes peuvent se trouver entre les deux jeux, notamment au niveau de la psychologie de Cloud et de Fei qui sont assez proches, l’ambiance futuriste « mais-pas-trop », les rebelles d’un côté avec Avalanche, les pirates d’un autre avec Bart…

 

On retrouvera finalement dans Final Fantasy VII pas mal de rapprochements entre les deux jeux, bien qu’au final, Xenogears soit mille fois plus travaillé.

 

→ Cette petite histoire, qui peut-être anecdotique pour certains, illustre pourtant parfaitement une chose bien définie dans la stratégie de Squaresoft à son apogée : 

"FF, c’est mainstream, il faut que les gens comprennent vite, ils sont pas là pour se creuser spécialement la tête, mais il leur faut un twist scénaristique assez intéressant pour qu’ils apprécient le jeu."

Comprenez qu'il y a en gros une limite de compréhension à ne pas franchir. Malheureusement, ladite limite est celle qui sépare les excellents jeux des véritables œuvres d’art, dont Xenogears se sera finalement emparée.

Dans la version PC de FF7, « Zenogias » deviendra même « Xenogears »…

On ressent dans FFVII beaucoup d’influence de Xenogears, mais cela reste minime et en surface, ils n’ont pas voulu perdre le joueur dans les méandres d’un jeu trop compliqué pour certains à comprendre, trop chiant pour d’autres à lire, trop barré pour d’autres, qui attendent d’un FF autre chose.

Mais la série FF proposera néanmoins avec ce septième opus un tournant dans son histoire, preuve donc que Xeno n’y est pas du tout étranger !

Dans Xenogears, pas de place pour l’à-peu-près ou les clichés interminables de la série FF, ici nous sommes bien dans une œuvre de maître, qu’il faut prendre avec humilité, pad en main. L’une de ces quelques rares perles vidéo ludiques que tout-un-chacun devrait faire et conseiller aux détracteurs de notre passion : ceux qui jugent avant de voir les vrais chef-d’œuvres, relayant notre 10ème art au plan de simple divertissement dominical.

Affichée dans la ville de Solaris, un poster de Tifa.. comme pour renvoyer à ses origines.

Outre Final Fantasy VII, nous pourrions également évoquer quelques similitudes avec Chrono Cross dans quelques ajouts majeurs du jeu.

Typiquement, les points de sauvegardes dont leur présence sera justifiée dans le scénario de façon très logique (ce qui parait tellement abstrait devient finalement réel et influent). Les deux jeux ont en commun surtout un but dans la narration assez proche au final : celui de conseiller, faire réfléchir le joueur et l’impliquer dans une histoire compliquée l’amenant à se poser des questions sur la vie.

Lorsque l’on sait que Masato Kato est au Script de Xenogears, qu’il est également le scénariste de Chrono Trigger, Chrono Cross, Radical Dreamers, Baten Kaitos ou encore … Final Fantasy VII (tiens tiens…), bah on comprend mieux.

Xenogears est ce M&M’s blanc rare, il fait parti de ce que j’appelle les « livres vidéo ludiques », trop peu nombreux en ce bas monde pour passer à côté, tout simplement.

 

« Un « X » n’a jamais marqué son emplacement ?? » (Pr. Jones)

 

Le « X » en sang de « Xenogears », cette sorte de « logo qui fait foi » est un peu comme un symbole : celui d’une masturbation intellectuelle d’idées qui tentent de diriger le monde dans l’ombre. La malléabilité de l’esprit, la torture perpétuelle de nos idées reçues. Dans l’histoire de l’Homme et de la nature, le « X » marque l’emplacement, il est le croisement de deux idées, leur confrontation, une validation d’acquis et la remise en question, la fusion des 4 quartiers vides d’un cercle qui l’entoure…

Grahf, the seeker of power.

→ Pour résumer (!) : derrière une simplicité évidente, le « X » recèle un Tout, une porte qui s’ouvre vers d’infinis mondes et pensées. Voilà Xenogears.

Vous serez amené à sans cesse essayer de percer le mystère qui entoure les différents personnages de l’histoire, tentant de creuser la psychologie de chacun d’eux avec le peu d’information parfois que vous avez.

Ce jeu appelle à vos sens, à votre opinion, à votre jugement et met en abîme de nombreux soucis que nous connaissons du quotidien. De l’amitié à la trahison, de l’amour à la haine, du religieux à l’athée, le jeu n’épargne personne, vous laissant seul juge et maître d’une histoire qui semble vous dépasser.

Tout est lié, naturalisé et catégorisé comme un tableau périodique des éléments de Mendeleïev : la chimie de la vie.

« D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? »

Xenogears est sans conteste un hymne aux grandes pensées philosophiques et il serait lâche et peu loyal de ne pas expliquer plus en avant les rapprochements entre grands penseurs d’un autre temps, et jeu vidéo japonais, sorti à l’aube du XXIème siècle.

Donc pour les retardataires du fond (les p’tits bâtards qui jettent des papiers), on va tenter d’expliquer un peu plus.

"La Philo selon Fei" (Et Square..)

 

« Stand Tall, and Shake the Heavens » – littéralement : « Se tenir debout et secouer les cieux ». Voilà une devise propre au jeu, un hymne à la philosophie du Cosmos et au dépassement de soi.

Nietsche, Freud et Jung font partie des philosophes connus et reconnus de notre histoire dont les écrits et pensées ont, entre autres, inspiré Xenogears.

Ces personnages historiques ont amené une vraie réflexion et un questionnement autour de notre situation sociale et politique.

  • Que recherche l’Homme.

  • Quelle est son utilité et sa place dans l’univers.

  • Sommes-nous dirigés par une puissance supérieure incontrôlable.

  • Derrière ce que nous laissons paraître, sommes-nous bien ceux que nous pensons être.

  • Quel(s) rapport(s) direct existe-t-il entre réalité et fiction…

De gauche à droite : Nietsche, Jung et Freud : 3 philosophes importants de notre histoire

Friedrich Nietsche a établi une sorte de hiérarchie entre les pensées, plus ou moins sélective. Il décrit au XIXème siècle « l’Eternel Retour » comme un moyen de sélection et le « Surhomme » comme fin idéale. Comme si tout avait toujours été figé et analysé à l’avance sans que l’on en ait contrôle. Pour lui, l’influence du christianisme est néant et pur fruit du sentiment de protection et besoin de transparaitre : une forme aphoristique, poétique et non naturelle de partager une opinion. Influencé par Darwin, Platon ou encore Spinoza, il marquera un tournant dans l’ère de la philosophie analytique.

 

Carl Gustav Jung et sa psychologie des profondeurs, qui, au début du siècle dernier, travailla sur le rapport entre l’âme et ses manifestations culturelles (par exemple) qui font de sa psychologie analytique une source d’inspiration pour les scénaristes. Il creusa toute sa vie la psychologie humaine jusqu’à son paroxysme et le genre humain lui doit aujourd’hui le concept entre autres d’archétype, d’inconscient collectif et de synchronicité. Dans Xenogears, la synchronicité est très largement évoquée entre Hommes et machines par exemple. Les concepts d’archétype humain ou d’inconscient collectif sont également très importants dans le jeu.

Sigmund Freud enfin, est le fondateur de la psychanalyse. L’inconscient, le narcissisme et le refoulement, le Moi et l’idéal du Moi. Du rêve à la névrose, Xenogears saura tirer parti des bases de la pensée freudienne pour proposer au joueur un habile mix de genre et une analyse de tout instant. Se remettre en question, douter, se questionner sur autrui, comparer les différents avis pour se forger sa propre opinion, ce sont là d’excellents moyens de faire travailler les méninges ! Sommes-nous certains de vivre ce que l’on vit, ou bien vit-on une sorte de vie parallèle dans laquelle nous jouerions un rôle de notre « NOUS » d’un autre monde ?

Comprenez bien que Xenogears n’est PAS une œuvre de copie. Il mettra bel et bien en abîme vos sens.

À la manière d’un livre animé de séquences touchantes, le jeu appuie sur ces questions fondamentales, approfondit l’étude de ces maîtres en démocratisant de façon plus concise leurs idées et grandes pensées pour tout un chacun.

La constante mise en abîme de l’humain, de sa condition, et de ses desseins, Xenogears nous analyse, et joue avec le joueur en mixant les grandes pensées philosophiques mais à sa manière et en son temps, comme ont pu le faire ses maîtres, références absolues d’un scénario en béton armé.

Le bien et le mal, forment-ils une dichotomie parfaite en ce bas monde 

 

Xenogears lui, nous évoque plutôt une sorte de paradoxe de cette dichotomie, à la manière de Zénon d’Élée dans l’antiquité : rien n’est totalement blanc ou noir : la binarité n'existe pas réellement.

La vie, les idées, les émotions et les sentiments forment en réalité une infinité de nuances de gris qui, malgré une trajectoire opposée, peuvent cohabiter et exister l’une envers l’autre.

Xenogears nous évoque ce problème, à titre de réflexion, un peuple qui se dit supérieur à un autre, comme si la société était coupée en deux : d’un côté l’élite (Solaris), d’un autre les déchets (LAMB), ceux qui vivent… par terre. Cela ne vous rappelle pas Gunnm ??

C’est une sorte de Philosophie « Squaresoft » qui ressort au final de cet habile mix de mouvements dans Xenogears, mêlant les influences de-ci de-là sans partir dans le cliché, tout en finesse, histoire de montrer que le jeu vidéo peut aussi apporter sa propre vision des choses.

On retrouvera également la culture japonaise, avec des œuvres comme 

Evangelion ou Ghost in the Shell dont le titre s’inspire entre autres.

 

On pourra même tiquer par moments sur les vraies similitudes que l’on retrouve provenant d’Evangelion (1995). Les Mechas qui fonctionnent plus ou moins de la même façon que dans la série, cette envie de ne pas vouloir se battre au début, 

identique entre Shinji et Fei, l’âme et les pensées intimes des héros liées directement aux actions de la machine, le rapport entre les personnages (trop peu fouillé dans Evangelion, en même temps, 26 épisodes..) et une fin trop rapide, qui tente d’amener 100.000 idées et réponses au spectateur pour lui expliquer ce qu’il vit, a vécu, a manqué : une sorte de point général d’explication, que les deux œuvres furent obligées d’utiliser.

Deux références majeures de Xenogears issues de la culture nippone

Ghost in the shell (début ’90) servira de référence dans les thèmes fondamentaux abordés sur la condition humaine, la société et notre devenir incertain.

On pourrait même évoquer une référence générale habituelle dans des œuvres japonaises qui prônent bien souvent un dépassement de soi, nerf principal des Shônen : « quand on veut, on peut ».

La narration du jeu, amenant implicitement le joueur à réfléchir sans arrêt sur sa condition (et tourmentant ses propres opinions) est incessante, à la limite du bourrage de crâne sur la fin. Bien évidemment c’est voulu, bien évidemment c’est un effet de style, qui fonctionne parfaitement tant l’histoire et les twists que l’on nous propose sont passionnants.

Religious ?

La religion est un sujet sensible auquel personne ne s’attaque à juste titre. Chacun ses opinions ? Oui, mais Xenogears, habilement, saura généraliser une pensée pour amener le joueur à comprendre les fondements mêmes de celles-ci, de façon imagée bien entendu, mais sur son fond spirituel, le rapport à l’âme et à l’épanouissement de l’être, la condition humaine et ses principes fondamentaux.

→ Notre société envoutée / dirigée par une puissance supérieure a-t-elle finalement un avenir ou son destin est-il tracé depuis la nuit des temps, immuable et insensible aux changements d’époque…

Les personnages sont pour certains mystiques, regorgeant de références bibliques ou mythologiques. Il vous sera impossible une fois le pad en main de ne pas suspecter certaines choses, de ne pas vous faire votre propre opinion sur les déboires du cerveau de notre héros ou de vous questionner sur l’utilité de toute cette mascarade.

La référence claire au christianisme dans la version originale du titre 

(en Japonais) se retrouvera même censurée dans la version américaine.

Ainsi, « Église » (VO) deviendra « Ethos » (US)… Comme quoi, même sur ce genre de choses, ils sont partout.

Au final tout de même, les références sont légions, jusque dans les noms des villes, vaisseaux ou personnages. Exemples ?

Votre vaisseau est baptisé « Yggdrasil », l’arbre du monde dans la mythologie nordique; vous traverserez également « Mausoleum », la « Babel Tower » ou encore « Ignas Gate » (pour Ignace d’Antioche, ancien évêque).

 

Un lien permanent est toujours fait entre des généralités religieuses, souvent évangéliques, et mythologiques. Heimdal et Fenrir sont par exemple les noms des Gears de Citan, tous deux issus de la mythologie nordique ; le premier Gear de Fei s’appelle « Weltall », soit si l’on traduit de l’allemand, littéralement : « Le monde haut ».